Thursday, 31.03.2022 - Friday, 01.04.2022 - Dakar - Sénégal

3ème Edition Dialogue du Sahel-Sahara « Les perspectives d’une paix durable au Sahel : quelles réponses inclusives face à l’instabilité sécuritaire au Sahel-Sahara et en Afrique de l’Ouest ? »

Du 31 Mars au 1er Avril 2022, le bureau Paix et Sécurité Centre de Compétence Afrique Subsaharienne de la Friedrich Ebert Stiftung (FES PSCC) a organisé à Dakar la 3ème édition de la conférence régionale Dialogue du Sahel-Sahara sur le thème « Les perspectives d’une paix durable au Sahel : quelles réponses inclusives face à l’instabilité sécuritaire au Sahel-Sahara et en Afrique de l’Ouest ?». Cette 3ème édition du Dialogue du Sahel-Sahara, visait un triple objectif : établir un cadre permanent de dialogue entre les pays de la région pour une meilleure sécurité collective, partager des expériences de résilience pertinentes et efficaces face à l’insécurité, faire des propositions d’approches progressistes ou alternatives favorisant la coopération inter-étatique pour promouvoir une paix et une stabilité plus pérennes au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Cette rencontre a vu la participation, d’universitaires, de chercheurs, de représentants des forces de défense et de sécurité, d’instituts de recherche, d’institutions diplomatiques, d’organisations de la société civile de la région.

Depuis des années, les pays de la région sahélo-saharienne et d’Afrique de l’Ouest sont aux prises avec une succession de crises politiques, humanitaires et sécuritaires aux impacts négatifs sur la paix et le développement. Les menaces de déstabilisation dans cette région englobent un spectre étendu de facteurs économiques et sociaux (pauvreté et inégalités), des réformes constitutionnelles et politiques non satisfaites, des conflits liés à l’accès et à l’exploitation des ressources naturelles rares en raison du changement climatique, des tensions intercommunautaires, entre autres. A ces facteurs structurants s’ajoutent la faiblesse des institutions démocratiques et des forces de défense et de sécurité qui jouent parfois un rôle dysfonctionnel, une société civile affaiblie, le manque de transparence des élites qui jouissent d’une légitimité déficiente et la majorité de la population qui ne bénéficie pas des "dividendes de la paix". L’insécurité y est également alimentée par l'implantation de groupes islamistes radicaux et de la criminalité transfrontière qui est facilitée par l’immensité des territoires, la porosité des frontières les capacités limitées des États de la région, la circulation illégale des ALPC et surtout l’absence de stratégies claires au niveau national. La typologie de ces défis et menaces sécuritaires déstabilisateurs et leur transnationalité ainsi que leur rapide extension régionale appellent donc une réponse intégrée de la part des Etats d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.

Malgré d’importants efforts pour assurer une stabilité et une paix durable au Sahel et dans la région Ouest-Africaine, force est de constater que les solutions proposées demeurent insuffisantes voire inefficaces, à ce jour. En attestent les fréquentes attaques extrémistes et criminelles avec leurs lots récurrents de pertes en vies humaines civiles et militaires, les déplacés qui ne cessent de fuir leurs villages, la résurgence des coups d’Etat (Mali, Burkina Faso, Guinée-Conakry). Ce qui a poussé en janvier 2018, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, Mohamed IBN CHAMBAS, à admettre cet état de fait devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. De même, les approches incohérentes des partenaires internationaux ont entraîné des malentendus, ce qui limite leur efficacité et diminue la volonté de résoudre collectivement les défis sécuritaires communs. Or, des approches coordonnées et collectives abordant les causes profondes des crises actuelles dans cette région sont urgentes pour répondre efficacement à des menaces sécuritaires hybrides et dynamiques. Au Sahel-Sahara et en Afrique de l’Ouest, l’enjeu réside certainement dans la communautarisation de la sécurité à savoir la possibilité d’envisager la sécurité de façon collective. Il faudra, agir avec souplesse de manière inclusive et obtenir le concours des gouvernements et de la population. Les Etats sont donc appelés à coordonner leurs actions et politiques pour combattre les groupes criminels et terroristes qui utilisent leurs territoires comme sanctuaires repères en exploitant la fragilité des institutions et en aggravant la situation sécuritaire déjà précaire dans la région. Ce qui signifie l’intégration des politiques de sécurité nationale dans une politique sahélo-sahélienne de sécurité et de défense globale pour promouvoir une meilleure sécurité collective face aux défis sécuritaires dans cette région et en Afrique de l’Ouest. 

Les travaux introductifs de la conférence se sont davantage appesantis sur la nécessité de repenser les capacités de résilience et la résolution des conflits notamment en mettant l’accent sur la résolution définitive des conflits et non exclusivement sur leur règlement. Pour ce faire, les réponses doivent prendre en compte les spécificités de la zone Sahel-Sahara et de l’Afrique de l’Ouest. L’Afrique doit régler ses conflits en puisant dans ses savoirs et pratiques endogènes. Cela passe par une meilleure appropriation des concepts utilisés par les partenaires pour décrire la situation actuelle du continent. Il est également nécessaire de restaurer la confiance entre les peuples et les leaders politiques et de former les populations aux principes de la démocratie en dynamisant le dialogue politique.

Les panels de la conférence ont respectivement porté sur les thèmes ci-après :

  • Analyse des dynamiques socio-politiques et sécuritaires au Sahel et leurs impacts sur la stabilité de la région.
  • Quelle coopération transfrontalière entre les Etats du Sahel pour faire face efficacement aux défis sécuritaires communs ?
  • De la nécessité de repenser la réponse sécuritaire au Sahel : quelles stratégies cohérentes pour promouvoir une stabilité durable dans la région ?
  • Partage d’expériences et de bonnes pratiques pour une paix et une stabilité durable au Sahel et en Afrique de l’Ouest ?
  • Les perspectives d’une paix durable au Sahel : quelles réponses inclusives face à l’instabilité sécuritaire au Sahel et en Afrique de l’Ouest ?

De manière globale, il est ressorti dans la plupart des analyses et les constats ci-dessous :

  • La crise en Afrique Sub-saharienne est complexe et multidimensionnelle et la situation sécuritaire reste inquiétante ;
  • Les remises en cause institutionnelles sont sources permanentes d’instabilité ;
  • L’insurrection djihadiste prend de l’ampleur ;
  • La faiblesse et l’impuissance des États face à la montée de l’insécurité ;
  • La différence des priorités nationale ;
  • La préservation de la souveraineté nationale et la défense des intérêts stratégiques ;
  • Les tensions politiques historiques entre des Etats ;
  • Le manque de financement et d’autonomie stratégique ;
  • La différence entre les cultures sécuritaires et les systèmes politiques etc. ;
  • Les limites des interventions sécuritaires sous l’impulsion des acteurs externes (Minusma, Barkhane, Takuba) ;
  • La montée de la fronde sociale face à la non-résorption de l’insécurité par les pouvoirs en place ;
  • Les mécanismes novateurs de prévention et de régulation des conflits devraient être promus pour compléter les mécanismes classiques qui ont atteint leurs limites.

Les échanges et discussions entre experts et acteurs ont mis en exergue plusieurs recommandations :

  • Dissoudre les milices et groupes d’auto-défense ;
  • Ecouter activement les populations et adapter les réponses à leurs besoins ;
  • Revisiter les mécanismes traditionnels et les adapter aux défis actuels ;
  • Recentrer le rôle régalien de l’Etat dans la protection des populations ;
  • Harmoniser les procédures en matière de gestion des frontières ;
  • Impliquer les populations frontalières dans la recherche des solutions et dans les politiques de développement ;
  • Définir les modalités conjointes de coopération militaire pour plus d’efficacité ;
  • Fédérer l’initiative d’Accra avec les autres initiatives existantes ;
  • Elaborer de façon endogène les initiatives communes ;
  • Renforcer l’autonomie stratégique des pays du Sahel dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière ;
  • Créer un centre d’information et de renseignement sécuritaire au Sahel-Sahara ;
  • Harmoniser l’intervention des acteurs extérieurs ;
  • Disséminer l’expérience F.O.R.C.-G et des « Cases de la citoyenneté » dans l’espace sahélo-saharien ;
  • Promouvoir le dialogue inter ou intra-communautaire.

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